Le littoral sénégalais s’étend sur plus de 718 kilomètres. Il abrite des communautés de pêcheurs, des forêts de mangroves, des stations touristiques et de grands ports. Cependant, il subit une érosion qui atteint, par endroits, des proportions dramatiques. Les données satellitaires montrent que certaines sections du littoral de Kafountine, dans le sud du Sénégal, reculent à des vitesses dépassant 26 mètres par an. Dans l’Aire Marine Protégée de Kalone Bliss Kassa, le trait de côte a reculé en moyenne de près de 101 mètres en seulement 34 ans.
Ces chiffres traduisent la menace qui pèse sur les habitations, les moyens de subsistance, les terres agricoles et les écosystèmes. Faire face à cette crise exige une volonté politique, une mobilisation communautaire, des données scientifiques fiables et actualisées, ainsi que des outils permettant de transformer ces informations en décisions concrètes. C’est précisément là qu’intervient le partenariat entre Digital Earth Africa (DE Africa) et le Centre de Suivi Écologique (CSE) du Sénégal.
Un partenariat fondé sur les données ouvertes et une vision commune
Digital Earth Africa est un programme continental d’observation de la Terre qui transforme les données satellitaires en informations exploitables pour les gouvernements africains, les chercheurs et les acteurs du développement. Le Centre de Suivi Écologique du Sénégal ( CSE) , rattaché au Ministère de l’Environnement et de la Transition Écologique, est l’une des principales institutions d’Afrique de l’Ouest en matière de science côtière, d’appui à la gouvernance et d’action environnementale de terrain.
Ensemble, les deux organisations ont œuvré pour mettre la puissance du suivi côtier par satellite directement au service des gestionnaires du littoral sénégalais.
Au cœur de cette collaboration se trouve le Service de surveillance des côtes de DE Africa, un outil en accès libre qui exploite les données des satellites Landsat et Sentinel. Il permet de cartographier les dynamiques annuelles des traits de côte et de mesurer le taux d’érosion et d’accrétion sur l’ensemble du continent africain. Pour le Sénégal et la région ouest-africaine, le CSE a joué un rôle central dans la validation de cet outil, la formation des institutions à son utilisation et l’intégration de ses résultats dans les cadres nationaux et régionaux de planification côtière.
Test et validation de l’outil coastlines
Les données issues de l’observation satellitaire n’ont de valeur qu’à la mesure de leur précision. Le CSE a ainsi conduit une validation rigoureuse de l’algorithme Coastlines de DE Africa en deux phases, afin de confirmer sa fiabilité pour la prise de décision opérationnelle sur les côtes ouest-africaines.
La première phase, à l’échelle régionale, a couvert les 12 pays membres de l’Observatoire Régional du Littoral Ouest-Africain (ORLOA), une instance que le CSE coordonne depuis 2018 dans le cadre du programme de gestion des zones côtières d’Afrique de l’Ouest (WACA). Des images satellitaires à très haute résolution ont été utilisées comme données de référence pour tester les résultats produits par le service Coastlines de DE Africa .
La deuxième phase a été menée le long du littoral sénégalais. Elle a combiné des relevés par drone, produisant des orthomosaïques à résolution centimétrique, et des levés de terrain au DGPS pour obtenir des mesures d’une précision sans précédente. La comparaison entre les données de DE Africa Coastlines et ces mesures de terrain a confirmé que l’outil extrait la dynamique du trait de côte et les taux de changement avec une grande exactitude. Cela valide sa robustesse scientifique ainsi que son applicabilité opérationnelle pour la planification côtière et la gestion des risques.
Ce travail de validation a eu une portée dépassant les frontières du Sénégal. Il a contribué à établir DE Africa Coastlines comme un outil régional crédible en Afrique de l’Ouest et a directement favorisé l’harmonisation des approches de suivi côtier entre les États membres de l’ORLOA.
Des données aux décisions
La validation seule ne suffit pas à induire le changement. C’est pourquoi le CSE a également investi dans la dissémination et l’appropriation de l’outil par les institutions qui en ont le plus besoin.
À l’échelle régionale, des ateliers ont réuni les pays membres de l’ORLOA pour partager la méthodologie, échanger sur les résultats et harmoniser les approches de suivi des traits de côte. À l’échelle nationale, des sessions de formation ont rassemblé les universités, les centres de recherche, les ministères sectoriels et les directions techniques. Ces sessions ont offert à un large éventail de praticiens un accès concret à la plateforme de DE Africa, tout en renforçant leurs capacités à analyser, interpréter et intégrer les données sur la dynamique des côtes dans les processus de planification territoriale et de gestion des risques.
Il en résulte la consolidation d’un réseau régional d’expertise et un renforcement continuel des capacités institutionnelles à exploiter les données d’observation de la Terre pour une gouvernance côtière durable.
La science au service des communautés
Le partenariat entre DE Africa et le CSE s’inscrit dans un effort bien plus large du CSE pour protéger le littoral sénégalais et les communautés qui en dépendent. À travers de multiples projets, notamment le programme WACA, le CSE a mobilisé les données satellitaires pour la gestion des côtés, des solutions fondées sur une forte mobilisation communautaire et d’un appui constant à la gouvernance.
En Casamance, l’analyse de l’évolution des traits de côte issue des données de DE Africa a guidé le déploiement d’épis Maltais-Savard. Ces structures légères, faites de bois entrelacé de feuillages, piègent le sable et permettent de reconstituer les plages en érosion. Dix de ces ouvrages ont été installés à Diembering et sept à Pointe Saint-Georges, avec des résultats déjà visibles et positifs. Dans l’Aire Marine Protégée de la Langue de Barbarie, près de Saint-Louis, des palissades en typha ont permis de restaurer les dunes littorales protectrices, bénéficiant à environ 200 familles agricoles et favorisant le retour de 52 espèces d’oiseaux dès 2023.
Dans chaque cas, des données fiables sur la dynamique du trait de côte ont constitué le socle sur lequel ces interventions ont été conçues et ciblées.
Les statistiques révèlent
L’ampleur du défi de la dynamique des côtes au Sénégal est considérable. Des études menées dans les communes de Bargny, Gandon, Kafountine et Yène ont révélé des taux d’érosion variant de -0,21 à -5,58 mètres par an. Les projections suggèrent que ces taux pourraient atteindre -111,6 mètres par an à Saloulou (Kafountine) d’ici 2044. De plus, entre 70 et 93 % des ménages de ces communautés ne disposent d’aucune documentation formelle attestant leurs droits fonciers, ce qui aggrave leur vulnérabilité.
L’Indice de Vulnérabilité Communale a atteint sa valeur la plus élevée à Bargny (255), comparé à Gandon (160), Yène (149) et Kafountine (125). Ce score témoigne de l’imbrication croissante entre érosion côtière, insécurité alimentaire et fragilité sociale.
Ces chiffres illustrent pourquoi le partenariat entre une initiative continentale avec des plateformes de données à accès libre comme DE Africa et une institution nationale ancrée dans les réalités du terrain comme le CSE est si déterminant. Des données dépourvues d’expertise locale ne peuvent atteindre ceux qui en ont besoin ; à l’inverse, une expertise locale sans données fiables ne peut convaincre ni les investisseurs ni les décideurs. Ainsi, les deux sont indéniablement plus forts ensemble.
Pour DE Africa, la collaboration avec le CSE illustre précisément le modèle de mise en œuvre nationale qui donne aux outils satellitaires continentaux leur véritable valeur ajoutée axée sur une validation ancrée dans les réalités locales, une intégration institutionnelle durable, un transfert de compétences et un lien direct avec les communautés et les écosystèmes dont ces données informent le protection durable.
Consultez le rapport complet du Centre De Suivi Écologique
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