Sauvegarde des côtes des Comores : Une mission de terrain historique pour surveiller l'érosion côtière

26 février 2025

Les côtes à couper le souffle des Comores ne sont pas seulement pittoresques ; elles sont la pierre angulaire de la nation. Avec une zone économique exclusive (ZEE) 85 fois plus grande que sa superficie terrestre, l'océan est au cœur de l'identité du pays. Avec environ 41% de la population vivant autour ou le long du littoral, environ 140 000 personnes, soit environ 16% de la population, dépendent de la pêche pour leur subsistance, contribuant à 10% du PIB national. Cependant, ces régions côtières vitales sont confrontées à des menaces croissantes telles que l'érosion côtière, les inondations, les sécheresses et l'élévation du niveau de la mer. 

Le gouvernement des Comores s'engage à agir en réponse à ces problèmes en améliorant la gouvernance et les infrastructures de l'eau. 

Récemment le Centre Régional de Cartographie des Ressources pour le Développement (CRCDR) avec le soutien de Digital Earth Africa, a dirigé une mission de collecte et de validation de données pour surveiller l'étendue et les impacts de l'érosion côtière. 

En collaboration avec le Service Cartographique des Comores et le Bureau Géologique des Comores, la mission s'est appuyée sur une équipe pluridisciplinaire d'experts dans le but de démontrer comment les technologies géospatiales de pointe pourraient soutenir la gestion basée sur les données des littoraux vulnérables des Comores.

Aborder une préoccupation croissante

L'érosion côtière est un défi environnemental urgent, dont l'accélération est alimentée par la montée du niveau de la mer et l'activité humaine. La mission visait à valider des modules récemment développés pour la cartographie de l'érosion côtière tout en renforçant la collaboration des parties prenantes sur le terrain.

Les Comores ont été sélectionnées pour cette initiative sur la base d'une évaluation approfondie des besoins et de l'intérêt du pays pour la surveillance de l'érosion côtière. Le Ministère des Délimitations Foncières et de l'Urbanisme des Comores a manifesté un engagement significatif sur la question, d'autant plus que l'érosion côtière continue de saper les infrastructures locales.

Une approche collaborative de la collecte de données

Du 25 novembre au 3 décembre 2024, une équipe dédiée, composée d'experts SIG, d'analystes de données et de cartographes locaux, s'est lancée dans une mission visant à recueillir des données de référence essentielles. L'équipe a travaillé en étroite collaboration avec le Service Cartographique des Comores et le Bureau Géologique des Comores, garantissant ainsi l'implication locale et le partage des connaissances.

En utilisant la DE Africa Sandbox, une plateforme basée sur le cloud, les experts ont élaboré des cartes préliminaires de surveillance de l'érosion côtière. L'équipe de terrain a utilisé Kobo Toolbox, un outil de collecte de données mobiles, pour documenter les informations essentielles, y compris les coordonnées GPS, les taux d'érosion et les causes probables des changements côtiers.

Les principales conclusions de la mission comprennent l'identification de 89 points chauds d'érosion côtière, dont 60 situés en Grande Comore et 19 à Mohéli. Les points chauds côtiers sont des zones où convergent plusieurs problèmes côtiers, souvent en raison d'une combinaison de dangers naturels et de vulnérabilité humaine, créant ainsi des zones de risque. Il a été constaté que ces points chauds avaient des conséquences sociales et économiques directes pour les communautés locales, affectant les écoles, les entreprises, les routes et les terres agricoles.

La quantité considérable de points chauds souligne le besoin urgent d'intervention dans les régions les plus touchées.

Défis et opportunités

La mission n'a pas été sans défis. Le terrain accidenté et l'accessibilité limitée à certains sites côtiers, associés aux barrières linguistiques et à la chaleur extrême, ont constitué des obstacles à la collecte de données sur le terrain. Cependant, ces obstacles soulignent les opportunités d'un engagement et d'une coopération locaux renforcés.

De plus, la collaboration avec des institutions telles que le Parc National de Mohéli et le Bureau Géologique des Comores présente une voie prometteuse pour des efforts de conservation côtière à long terme. Les recommandations de la mission de terrain soulignent l'importance du renforcement des capacités, de l'engagement politique et de l'intégration des données géospatiales dans les stratégies environnementales nationales. Une approche de formation holistique qui inclut les agriculteurs, les pêcheurs, les gestionnaires d'infrastructures et d'autres parties prenantes sera essentielle pour relever ces défis.

Perspective : un appel à l'action

La réussite de cette mission marque le début d'un nouveau chapitre pour la résilience côtière des Comores. À mesure que des informations basées sur des données seront disponibles, les décideurs pourront mettre en œuvre des interventions ciblées, telles que l'intégration de la surveillance de l'érosion dans les cadres de planification nationaux et des contrôles plus stricts sur l'extraction de sable. L'extraction de sable aux Comores, en raison de l'augmentation des exploitations minières à petite échelle et artisanales, a entraîné une érosion et une dégradation côtières. 

Pour renforcer les efforts futurs, des collaborations de suivi avec les partenaires et institutions locaux seront essentielles, en particulier pour améliorer les initiatives de formation et de renforcement des capacités. De plus, l'intégration de statistiques clés sur la dépendance économique à la pêche, à l'élevage et le pourcentage de terres arides dans la région soulignera davantage l'urgence de lutter contre l'érosion côtière.

Digital Earth Africa et le RCMRD s'engagent à travailler aux côtés des institutions comoriennes pour assurer la pérennité de cette initiative. En exploitant les données d'observation de la Terre, la nation peut sauvegarder son patrimoine côtier, protéger les communautés vulnérables et renforcer sa résilience face aux forces de la nature.